Freelance vs salarié : qui gagne vraiment le plus en 2026 ?
À 70 000 € de budget client, le freelance micro touche 46 250 € net contre 34 670 € pour le salarié. Mais congés, chômage et retraite changent tout.
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TL;DR : À 70 000 € de coût total, le freelance micro empoche 46 250 € nets contre 34 670 € pour le salarié CDI : soit +33 %. Mais le salarié bénéficie de 5 semaines de congés payés, 24 mois de chômage potentiel et une retraite complémentaire deux fois plus élevée. L'écart réel est bien plus serré qu'il n'y paraît.
La comparaison classique « mon TJM vs mon ancien salaire » est presque toujours biaisée. Elle ne part pas du même point de départ. Pour raisonner juste, il faut comparer ce que paie réellement le client ou l'employeur pour votre travail, et ce que vous touchez en retour, droits sociaux inclus. Voici les chiffres concrets pour 2026, statut par statut, sans arrondir les angles.
Le bon point de comparaison : le coût employeur, pas le salaire brut
Si une entreprise consacre 70 000 € à un salarié, elle paie environ 20 700 € de charges patronales. Le salarié touche donc 49 300 € brut, soit environ 34 670 € nets après cotisations salariales et impôt (célibataire sans enfant, barème 2026).
Ce même budget de 70 000 € facturé en freelance micro-BNC reste entier : pas de charges patronales. Après 25,6 % de cotisations sociales et impôt sur le revenu (avec abattement de 34 %), il reste 46 250 € nets. En EURL à l'IS, le calcul donne plutôt 39 160 € nets, moins qu'en micro, mais avec des frais déductibles et plus de souplesse d'optimisation.
Résultat brut : +33 % en faveur du freelance micro. Mais ce chiffre ne raconte que la moitié de l'histoire.
Les droits invisibles du salarié : ce qu'on oublie de chiffrer
Le salarié à 34 670 € nets dispose aussi de :
- 5 semaines de congés payés : valeur d'environ 3 500 € (vous êtes payé sans facturer)
- Chômage (ARE) : jusqu'à 24 mois d'indemnisation si licenciement, l'ATI freelance plafonne à 800 €/mois pendant 6 mois, uniquement en cas de liquidation judiciaire
- Retraite complémentaire AGIRC-ARRCO : pension estimée à ~70 % du dernier salaire à 65 ans, contre ~40 % pour un freelance sans épargne complémentaire
- Mutuelle employeur (prise en charge à 50 %, soit ~600 €/an) et prévoyance convention collective
En ajoutant ces éléments, l'écart réel entre les deux statuts se réduit significativement. Le freelance gagne plus en net mensuel immédiat, mais finance lui-même ce que l'employeur offrait gratuitement.
TJM : combien facturer pour ne pas perdre au change ?
Pour obtenir l'équivalent d'un salarié à 50 000 € brut (soit ~35 000 € nets), un freelance doit générer environ 70 000 € HT de chiffre d'affaires. Décomposition :
- Cotisations sociales (~22 %) : +11 500 €
- Mutuelle + prévoyance : +2 000 €
- Épargne retraite complémentaire : +3 000 €
- 5 semaines de congés non facturés : +5 500 €
- Inter-contrats et jours creux (~1 mois) : +5 500 €
- Frais pro (matériel, logiciels, comptable) : +3 000 €
Sur 218 jours facturables, cela donne un TJM minimum de 320 € HT/jour. À titre de référence, le TJM médian national tous profils s'établit autour de 450 €/jour en 2025-2026 (baromètre Malt 2025). Un développeur fullstack confirmé facture en moyenne 485 €/jour, un data scientist 560 €/jour.
ACRE, micro-entreprise, EURL : quel régime choisir en 2026 ?
En micro-BNC (prestations intellectuelles, professions libérales hors Cipav), le taux de cotisations est de 25,6 % depuis janvier 2026, avec un plafond de CA à 83 600 €. Au-delà, bascule obligatoire au régime réel.
L'ACRE réduit ce taux à 13,1 % pendant les premiers trimestres d'activité — soit une économie de 6 250 € sur 50 000 € de CA. Attention : depuis le 1er janvier 2026, l'ACRE n'est plus automatique. Vous devez déposer une demande auprès de l'Urssaf dans les 60 jours suivant votre début d'activité et remplir l'une des conditions d'éligibilité (demandeur d'emploi inscrit depuis 6 mois, bénéficiaire RSA, moins de 26 ans…). Et à partir du 1er juillet 2026, la réduction passera de 50 % à 25 % : si vous hésitez à vous lancer, le calendrier a son importance.
L'EURL à l'IS devient pertinente au-delà de 50 000 € de bénéfice annuel : combinaison salaire + dividendes, charges déductibles réelles, mais comptabilité plus lourde et coût de gestion (~1 500 à 2 500 €/an de comptable).
Les solutions hybrides : ne pas choisir entre les deux
Trois formules permettent de cumuler sécurité salariale et liberté freelance :
- CDI à 80 % + micro-entreprise : légalement possible sauf clause d'exclusivité dans votre contrat. Le CDI garantit le socle, la micro apporte le complément.
- Portage salarial : vous facturez via une société de portage qui vous verse un salaire. Chômage, retraite et congés sont maintenus. Coût : 5 à 10 % du CA en frais de gestion.
- Rupture conventionnelle + création : votre employeur et vous convenez d'une séparation amiable. Vous touchez l'ARE normalement, sans avoir à valider un projet devant une commission (contrairement à la démission légitime). L'option la plus sécurisée pour passer en douceur.
FAQ : questions fréquentes sur la rémunération freelance vs salarié
Est-ce qu'un freelance gagne vraiment plus qu'un salarié ?
Sur le revenu net immédiat, oui : à 70 000 € de coût total, un freelance en micro-BNC empoche environ 46 250 € nets contre 34 670 € pour un salarié CDI, soit +33 %. Mais ce chiffre ignore les droits sociaux. Le salarié bénéficie de 5 semaines de congés payés (équivalent ~3 200 €), 24 mois d'indemnités chômage potentielles, et une retraite complémentaire deux fois plus généreuse. Une fois ces droits invisibles valorisés correctement, l'écart se resserre fortement, parfois à moins de 10 %.
Comment comparer correctement un TJM à un salaire ?
Comparez ce que paie réellement le client ou l'employeur (coût total), pas le salaire brut. Pour un budget de 70 000 € : l'employeur verse 49 300 € brut au salarié + 20 700 € de charges patronales. Côté freelance, le client paie 70 000 € HT directement, sans charges patronales. Calculez ensuite le net après cotisations sociales (25,6 % en micro-BNC, 45 à 50 % en EURL/SASU) et impôt sur le revenu (en intégrant l'abattement forfaitaire pour le micro). C'est cette base "coût total → net en poche" qui permet une comparaison juste, statut par statut.
Quels sont les vrais avantages cachés du salariat ?
Quatre principaux avantages monétisables. Les congés payés (5 semaines + 11 jours fériés = environ 6 semaines de revenu sans travail). L'indemnisation chômage jusqu'à 24 mois en cas de rupture conventionnelle ou licenciement (taux moyen 57-70 % du salaire net). Une retraite complémentaire AGIRC-ARRCO 2 à 3 fois plus généreuse que celle du freelance moyen (CIPAV). Et la mutuelle d'entreprise (50 % minimum payée par l'employeur). Total estimé : 8 000 à 12 000 € de droits annuels qui n'apparaissent pas sur la fiche de paie.
Quelle est la différence de retraite entre freelance et salarié ?
Un freelance en micro-entreprise à 40 000 € de CA annuel valide ses 4 trimestres de retraite mais cotise environ 4 100 € par an à la retraite (CIPAV pour les professions libérales). Un salarié au même net (~30 000 €) cotise environ 9 200 € par an via la combinaison part salariale + patronale, dont 5 000 € en complémentaire AGIRC-ARRCO. Sur 40 ans de carrière, l'écart de pension cumulée peut atteindre 30 à 50 %. La parade pour les freelances : épargne retraite individuelle (PER) qui se déduit du revenu imposable jusqu'à 10 % de votre CA professionnel.
Le chômage est-il accessible aux freelances ?
Oui, mais sous conditions strictes. Depuis 2019, l'Allocation Travailleurs Indépendants (ATI) permet de toucher environ 26,30 € par jour pendant 6 mois maximum. Les conditions sont restrictives : avoir exercé au moins 2 ans consécutifs en freelance, avoir généré au moins 10 000 € de revenu fiscal annuel sur cette période, et avoir cessé l'activité suite à une liquidation judiciaire ou une cessation totale économiquement justifiée. En pratique, très peu de freelances en bénéficient. La sécurité reste donc à construire en interne : épargne de sécurité, diversification clients, prévoyance privée.
